Pas des néo-nazis, des judéo-nazis

Amos Oz s’est encore trompé. Une bureaucratie sanglante et la banalité du mal, ici au pays du lait et du miel.

Uri Misgav

le 30 mai 2014

ll s’agit d’un article de 2014 qui a précédé l’attaque meurtrière d’Israël contre Gaza. En 1967, le philosophe et universitaire israélien Yeshayahu Leibowitz a inventé le terme «judéo-nazis» en référence à ce qui découlerait du projet de colonisation illégale d’Israël.

Amos Oz s’est encore trompé. Ce ne sont pas des néonazis. Ce sont des judéo-nazis. Des descendants d’un groupe unique que Yeshayahu Leibowitz a si bien prophétisé immédiatement après la grande victoire de 1967. Le racisme, le meurtre et la haine profonde trouvent leur origine dans une vision du monde religieux-messianique qui est alimentée par l’entreprise d’occupation et de colonisation.

Bien sûr, à ce stade, ils sont à la marge. Mais l’histoire a prouvé que la question est de savoir comment le centre répond à ces marges. À la suite d’émeutes inspirées de la Kristallnacht, le colon de droite s’est empressé d’étiqueter dédaigneusement les émeutiers comme des « jeunes griffonneurs de graffitis ». Dans les bus, de plus en plus d’autocollants surgissent en hébreu et en arabe avec l’avertissement: « N’ose même pas penser à une femme juive! » Des affiches et des articles mettent en garde non seulement contre « l’assimilation » mais aussi contre l’emploi et le logement arabes. Derrière cette perception, il y a des gens, des arbitres de la halakha ou de la loi religieuse juive, des organisations et des mouvements politiques. Quelqu’un prend-il la peine d’enquêter, d’arrêter, de juger? Israël ne sera jamais l’Allemagne de 1942, mais il y a une obligation morale de l’empêcher de devenir comme l’Allemagne de 1932.

Le nazisme a commencé comme une idéologie marginale et troublée qui, à un certain stade, convenait aux intérêts du militarisme prussien, de la droite politique et des riches hommes d’affaires, horrifiés par l’épanouissement du socialisme. Au début, ils ont ricané en secret contre les nazis, après ils ont aspiré à les exploiter à leurs propres fins, finalement il était trop tard.

Dans l’état du peuple juif, il est déjà trop tard. Il n’y a aucun endroit où nous pouvons cacher la honte et la terreur. Le centre est apathique. La gauche est vaincue et effrayée, désespérée, émigrant, se battant entre elle, comme en Allemagne au début des années 1930. Pendant ce temps, des générations d’Israéliens, incités et consumés par la haine, inondent l’espace public, et il n’y a personne pour les affronter.

Le salut ne viendra pas du théâtre Tzavta. Ils s’en foutent d’Amos Oz. Ils sont sur YouTube avec David le soldat Nahal et sur Facebook, où un Israélien, un employé à la retraite des Forces de défense israéliennes, a suggéré de collecter les livres d’Oz et de les utiliser comme combustible pour le feu de joie de Lag Ba’omer.

La grande histoire, c’est l’atmosphère. Il y a trente ans, tout le pays était en ébullition lorsque des agents des services de sécurité du Shin Bet ont tué deux terroristes qui ont été capturés lors d’un détournement de bus. Aujourd’hui, tout est acceptable. Lorsqu’il n’y a pas de frontière, il n’y a pas de limites. C’est le prix de l’occupation et le rite de la victimisation.

Un garçon émerge d’une ouverture connue dans la barrière de séparation afin de cueillir des herbes et est tué par balle. Les petites filles reviennent de l’école en marchant dans un verger de colons et sont détenues pendant des heures par la police du district de Judée-Samarie après que le propriétaire du domaine se soit plaint que quelques cerises avaient été cueillies. Un garde de sécurité à un poste frontalier tue un juge à la suite d’un échange chargé de colère et, soudain, il s’avère que les caméras ne fonctionnaient pas. Lorsque les caméras fonctionnent du côté palestinien, nous nous interrogeons sur la qualité du film au lieu de demander comment deux garçons ont été tués lors d’une manifestation.

Seule cette approche maudite fait des heures supplémentaires. Par exemple, quand il s’avère qu’un soldat de la « division des communications » de l’armée israélienne bien huilée a décidé de se joindre aux tirs sur des manifestants pour le plaisir. Ou lorsqu’un survivant de l’Holocauste âgé de 85 ans, l’un des « témoins vivants » que le gouvernement est si impatient d’avoir accompagné des voyages dans les camps d’extermination, glisse et est grièvement blessé à la fin d’une visite au camp de Majdanek. Le ministère de l’Éducation rejette toute responsabilité, répondant à un procès en disant qu’elle « avait librement choisi de se joindre au voyage en Pologne … et si le supposé accident a vraiment eu lieu, il est dû à la négligence de la plaignante, qui n’a pas faites attention à où elle allait ». Vous l’avez ici, la bureaucratie sanglante et la banalité du mal, ici au pays du lait et du miel.

Adapté de:https://www.haaretz.com/opinion/.premium-not-neo-nazis-judeo-nazis-1.5250205

Voir: https://fr.wikipedia.org/wiki/Yeshayahou_Leibowitz

Aussi: Gaza : indignation alors qu’un bulldozer israélien traîne le cadavre d’un Palestinien tué par l’armée (https://www.middleeasteye.net/fr/en-bref/gaza-indignation-alors-quun-bulldozer-israelien-traine-le-cadavre-dun-palestinien-tue)

Comment l’armée dite « de défense » israélienne encourage les tirs sur des enfants

http://www.europalestine.com/spip.php?article847

Distribué par PAJU (Palestiniens et juifs unis)

PAJUMONTREAL.ORG/FR