Nourris par un apitoiement maladif, Trump et Netanyahu intriguent contre la démocratie

Par Chemi Shalev

Le trait le plus ridicule et le plus répugnant partagé par le ministre israélien Benjamin Netanyahu et le président américain Donald Trump est l’apitoiement sur soi. Deux blancs aisés qui ont facilement atteint le sommet, détenant un pouvoir personnel inégalé et dominant leurs pays respectifs sont aussi proche de l’absolu que la démocratie peut le tolérer et pleurnichent sur la base d’un sentiment profondément enraciné d’éternelle victimisation. Si ce n’était si inquiétant, ce serait hilarant.

L’apitoiement sur soi, comme le suggèrent les maigres recherches psychologiques consacrées au syndrome, n’existe pas dans le vide. Il est associé à des personnalités névrotiques et est souvent une manifestation de narcissisme pathologique. Les personnes qui nient la responsabilité de leurs actions ont tendance à diriger leur colère contre des forces extérieures qui les persécuteraient ou leur souhaiteraient du mal. L’acteur et écrivain britannique Stephen Fry a décrit l’apitoiement sur soi comme étant « le vice le plus destructeur que l’on puisse avoir ». Paraphrasant Oscar Wilde, Fry dit de l’apitoiement sur soi: « Cela détruit tout ce qui l’entoure, sauf lui-même. »

Trump et Netanyahu, chacun à leur manière, ont introduit leurs peurs, leur dégoût et leur apitoiement sur eux-mêmes dans le cœur de leurs dévoués fidèles. Ils ont lavé le cerveau de leurs disciples les menant à croire en des théories de conspiration ridicules basées sur des faits déformés et des interprétations trompeuses de la réalité. Ils ont réussi à dissoudre leur propre cupidité et leurs méfaits en vertus, et ceux qui enquêtent sur leurs agissements en agents du mal. Ils nourrissent régulièrement le ressentiment, provoquent à l’encontre des minorités, qualifient les « élites » de traîtres et décrivent la démocratie libérale avec ses freins et contrepoids, d’ennemi de l’État.

Trump et Netanyahu ont tous deux transformé leurs partis politiques jusqu’ici pluralistes, en gardes personnels prétoriens dans lesquelles les critiques sont gommées et les dissidents rapidement bannis. De cette façon, ces deux dirigeants ont neutralisé leurs pouvoirs législatifs et les ont transformés en une approbation sans discussion à leur faveur.

Ils ont liquidé les pare-feux, sapant ainsi le pouvoir judiciaire, purgeant la fonction publique et élèvant la loyauté personnelle au plus haut niveau du pays. Ils brandissent le concept simpliste de la règle de la majorité afin d’ouvrir la voie à un pouvoir personnel débridé.

Les âmes torturées de ces deux dirigeants, se complaisant dans l’apitoiement sur soi et la soif de vengeance, entretiennent une relation symbiotique avec le nationalisme de droite en plein essor dans le monde occidental et une quête auprès des dirigeants populistes. Cette combinaison singulière entre la paranoïa des dirigeants et le ressentiment de leurs partisans fait qu’Israël et les États-Unis sont simultanément uniques sur la scène mondiale, des pays où la démocratie, jusque-là forte, est attaquée et se bat pour sa survie.

Trump et Netanyahu ne sont plus disposés à respecter les règles, ils cherchent plutôt à les éliminer complètement. Eux et leurs partisans aveugles ne voient pas les élections à venir, respectivement en mars et novembre prochains, comme un nouvel exercice démocratique entre des idéologies concurrentes, mais comme une guerre des mondes qui ne peut se terminer que par une défaite humiliante ou par une douce victoire vindicative. Quel autre choix les patriotes ont-ils si ce n’est une purge méthodique de tous, alors que leur monde est dominé manifestement par des enquêteurs malhonnêtes, des procureurs corrompus, des juges soumis, des saboteurs déguisés en fonctionnaires, des hackers politiques qui divulguent des nouvelles et des rivaux de gauche qui répartissent aide et secours à l’ennemi?

Netanyahu et Trump exploitent et promeuvent tous deux un renversement historique des rôles dans lesquels la droite autrefois conservatrice est devenue anarchique et rebelle, tandis que la gauche autrefois révolutionnaire est maintenant un adepte des règles et des traditions. Les insurgés de droite prêts à incendier la maison pour la saisir et la contrôler sont confrontés à des modérés timides qui respectent les règles de Queensbury. Confrontée à des hordes agitées agitant des torches et des fourches, la démocratie se défend avec des clauses de droit pénal et des analyses approfondies de l’intention constitutionnelle.

Si la pensée rationnelle et les instincts de survie triomphent néanmoins, leurs publics déposeront Netanyahu et Trump lors de leurs prochaines élections respectives, ainsi que leurs héritages toxiques. Si, en revanche, Trump et Netanyahu sortent triomphants, leurs réserves illimitées d’apitoiement dégénératif sur soi alimenteront l’insurrection, décimeront l’état de droit et laisseront la démocratie intacte que de nom.

Au lieu de se cacher pendant quatre ans de plus dans l’opposition, les détracteurs du régime pourraient très bien se retrouver dans un souterrain illégal, où ils pourront comploter et rêver de contre-révolution à leur guise.

Adapté de: https://www.haaretz.com/opinion/.premium-fueled-by-self-pity-trump-and-netanyahu-plot-insurrections-against-democracy-1.8521101

Distribué par PAJU (Palestiniens et juifs unis)

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