Le dernier clou dans le cercueil de la gauche sioniste

Il est difficile de dissimuler un sourire quand on considère l’ironie du sort alors que Meretz, autrefois joyau de la couronne des « justes » sionistes, a été avalé la semaine dernière par le Parti travailliste, désormais dirigé par deux Israéliens Mizrahi. Meretz, qui s’est retrouvé dangereusement proche du seuil électoral, a tout mis en œuvre pour convaincre le chef du parti travailliste Amir Peretz, qui avait préalablement refusé cette fusion, soit de réunir ces deux parties sur une liste commune à l’approche des prochaines élections, le dimanche 2 mars. Il semble que Peretz ait cédé à la pression exercée sur lui par de larges pans de la gauche sioniste.

Au nom de la fusion, Meretz a non seulement accepté de pousser MK Issawi Freij à la 11e place improbable de sa liste, tournant ainsi le dos à la direction arabo-juive dont certains de ses membres avaient rêvé, mais il a également accepté de mettre sur la liste quelqu’un comme Yair Golan devant Freij, un député arabe et membre de longue date de Meretz. Golan, ancien chef adjoint de l’état-major général de Tsahal, avait précédemment déclaré qu’il s’opposerait à siéger dans un gouvernement aux côtés des membres de la Liste conjointe, tout en prêchant aux députés palestiniens de « cesser de traiter aussi activement le conflit israélo-palestinien et les questions intérieures ».

Tout cela a été fait pour que Meretz puisse rejoindre le parti travailliste, un parti qui, dans sa tentative d’obtenir des votes des communautés juives défavorisées d’Israël, s’est abstenu de parler de l’occupation et du contrôle violent de millions d’apatrides en Cisjordanie, à Gaza, et à Jérusalem-Est.

Je ne banalise pas la pensée travailliste: alors que le public juif israélien s’enfonce plus profondément dans le nationalisme, le racisme et le fascisme, toute alternative à la violence de droite, même si cette alternative ne parle que de questions sociales et économiques, est un changement bienvenu. Mais un parti qui refuse d’utiliser le mot « occupation » ne peut pas être considéré comme un parti de gauche. Et un parti qui insiste pour maintenir son identité sioniste après 71 ans de suprématisme juif, doit repenser son appellation d’aile gauche.

La fusion entre Meretz et Labour a tout éclairci, et le jour du scrutin, les juifs israéliens progressistes seront obligés de prendre une décision que beaucoup trouvent encore difficile. Ils devront choisir entre différentes nuances de suprémacisme juif ou une véritable égalité civique et nationale.

L’implosion perpétuelle de la gauche juive en Israël a poussé beaucoup d’entre eux à internaliser la nécessité d’un partenariat judéo-arabe. Malheureusement, cela a généralement conduit à symboliser les candidats palestiniens tout en présentant une fausse symétrie entre oppresseur et opprimé. Cette stratégie n’a pas été en mesure de modeler de véritables partenariats ni de recruter de nouveaux partisans arabes et juifs. Et ce n’est pas pour rien: plus de 70 ans plus tard, il est temps de réaliser que l’on ne peut pas avoir à la fois le beurre et l’argent du beurre.

Dans un État où non seulement le gouvernement, mais le régime lui-même, est construit sur un ensemble très clair de privilèges pour un groupe national au détriment de l’autre, chaque pas vers l’égalité, qu’il s’agisse de droits civiques ou collectifs, doit être mené par le groupe opprimé. Le groupe privilégié doit se joindre à cette lutte et accepter d’être dirigé, sinon il pourrait se retrouver dans la position du « bon seigneur » négociant avec le « mauvais seigneur » sur l’extension des droits de ses serfs.

Cette étape ne nécessite pas de renoncer à son identité ni aux intérêts spécifiques de la majorité, mais elle nécessite de séparer ces intérêts de l’idée de suprématie. Autrement dit, cela oblige les juifs israéliens qui veulent appartenir à la gauche sous sa forme universaliste à reconnaître la place qu’ils occupent dans la hiérarchie raciale que le sionisme a créée et à comprendre que tout changement doit commencer par une volonté affirmée de se débarrasser de ces mêmes privilèges.

Avant la fusion entre le Labour et le Meretz, il y avait ceux qui espéraient voir le Meretz (ou au moins une partie de celui-ci) se joindre à la Liste commune pour créer ce parti judéo-arabe très attendu. Cette idée ne s’est jamais concrétisée et c’est une bonne chose pour deux raisons: premièrement, le démantèlement du front politique palestinien bâti de hautes luttes est un acte intrinsèquement colonial au profit des sionistes qui luttent pour s’asseoir aux côtés des Palestiniens lesquels insistent pour la reconnaissance de leurs droits collectifs et civiques. Et deuxièmement, une telle fusion aurait créé un placage asymétrique à des années-lumière de la réalité israélienne.

La vérité est que les Israéliens juifs progressistes qui se considèrent de gauche n’ont aucune raison de voter pour un parti autre que la Liste commune. . . C’est une position progressiste et courageuse basée sur la pleine égalité civique et la reconnaissance des droits collectifs des deux peuples qui vivent en Israël. Les juifs qui ne craignent pas d’abandonner leur position privilégiée en échange de la justice ne devraient pas avoir de problème à adopter volontiers cette plateforme. En fait, il semble maintenant qu’ils n’aient d’autre d’alternative.

Orly Noy est rédacteur en chef à Local Call, militante politique et traductrice de poésie et de prose farsi. Elle est membre du conseil exécutif de B’Tselem et militante du parti politique Balad. Son écriture traite des lignes qui se croisent et définissent son identité de Mizrahi, une femme de gauche, une femme, une migrante temporaire vivant à l’intérieur d’une immigrante perpétuelle, et le dialogue constant entre elles.

Adapté de: https://www.972mag.com/zionist-left-meretz-labor/

Distribué par PAJU (Palestiniens et juifs unis)

PAJUMONTREAL.ORG/FR

Fermer le menu