« Que cesse l’occupation » No. 962

Le Canada se joint à la campagne visant à étouffer les critiques à l’égard d’Israël

par John Clarke

Le 25 juin, la ministre du Patrimoine canadien et du Multiculturalisme a annoncé que la nouvelle stratégie antiraciste du gouvernement Trudeau inclurait l’adoption de la définition de l’antisémitisme de la International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA). Le coprésident du Centre pour les affaires israéliennes et juives (CIJA) a noté avec fierté que

« La définition de l’IHRA reconnaît également explicitement que l’antisionisme – c’est-à-dire la délégitimation et la diabolisation de l’État juif – est une expression claire et sans équivoque de l’antisémitisme ».

Si l’adoption de cette définition n’est pour l’instant que « symbolique et déclaratoire », elle peut constituer la base d’attaques contre la solidarité palestinienne à différents niveaux. Le financement d’ONG critiques à l’égard d’Israël peut être menacé. Des pressions seront exercées sur les institutions publiques pour qu’elles interdisent l’organisation de réunions pour les événements qui ont lieu du côté palestinien. Il est également fort possible que cette initiative soit poursuivie et que l’expression de vues antisionistes soit en réalité traitée comme une forme de crime motivé par la haine.

Usage malhonnête de la définition de l’antisémitisme

Ce dernier mouvement fait partie de la campagne internationale concertée pour fabriquer des armes contre toute fausse allégation d’antisémitisme au service d’Israël. En 2009, la Coalition parlementaire canadienne de lutte contre l’antisémitisme (CPCCA) a été formée. Elle fut composée d’anciens députés et de députés en exercice de chaque parti. Elle a publié son rapport en 2011 et s’est concentrée sur la lutte contre le prétendu « nouvel antisémitisme » de ceux qui défient Israël. Voix Juives Indépendantes (Canada) a décrit l’initiative comme étant une « attaque contre la liberté d’expression et une tentative de réduire au silence les critiques des politiques oppressives et illégales du gouvernement israélien », et d’« étiqueter la critique du comportement d’Israël, aussi bien que les efforts bien organisés  de changer ce comportement , comme étant antisémites, et en criminalisant les deux. »

Voix Juives Indépendantes (Canada) a produit un excellent rapport qui montre comment la définition de l’IHRA est utilisée pour renforcer l’attaque contre la solidarité palestinienne. Une attention insuffisante est accordée aux formes très réelles de crimes de haine antisémites. Le gouvernement israélien et ses partisans utilisent ce document de manière agressive comme outil essentiel dans leurs efforts pour « supprimer – voire criminaliser » la critique d’Israël et le soutien aux droits des Palestiniens.

Si les efforts visant à intimider et à supprimer le soutien aux Palestiniens, en particulier s’il s’agit d’un antisionisme clair et franc, sont mis à l’épreuve avec une telle férocité, c’est qu’ils reflètent en grande partie le désespoir des apologistes israéliens. Le mouvement BDS a réalisé des progrès et l’ambiance générale s’est déplacée contre l’État sioniste. Au même moment, les dirigeants politiques israéliens s’orientent de plus en plus vers la droite avec le soutien de l’administration Trump et l’abandon de fictions polies sur un processus de paix, alors qu’ils s’apprêtent à achever brutalement le projet colonial. Le prétexte d’une démocratie libérale à la recherche d’une résolution juste n’est plus viable.

L’accusation d’antisémitisme contre les partisans internationaux d’une Palestine libre est vraiment tout ce qui leur reste dans leur boîte à outils. Ainsi, alors que les fascistes d’Europe de l’Est représentent une menace réelle pour les communautés juives et que les nazis américains défilent dans les rues en scandant, les Juifs ne nous remplaceront pas, les tirs sont concentrés sur la gauche et des antiracistes à vie, comme Jeremy Corbyn, étiquetés comme des contrebandiers. De plus, le but de leur attaque n’est plus simplement un assassinat de caractère. La définition de l’IHRA est en train d’être présentée comme une base qui devrait informer le travail de la police et des procureurs. Ils préparent le terrain pour arrêter ceux qu’ils ne peuvent pas intimider au silence.

Bien qu’il n’ait pas été le premier homme politique sioniste à faire ce geste, l’ambassadeur d’Israël auprès de l’ONU, Danny Danon, a comparu devant le Conseil de sécurité en avril de cette année et a brandi une bible en déclarant que « c’est notre cible envers la possession de notre terre. » Que quiconque puisse suggérer qu’un texte religieux ancien soit utilisé pour décider des affaires d’État et des relations internationales au XXIe siècle est tout à fait stupéfiant, pourtant aucun dirigeant occidental n’envisagerait même de remettre en question ces mises en sène. Si toutefois la bible de Danon avait promis, non pas une partie du Moyen-Orient, mais une partie de l’Europe occidentale, la revendication d’autodétermination sioniste ne serait allée nulle part. Lorsque le sionisme est apparu au 19ème siècle, en complément au colonialisme européen, personne ne parlait en code. Tout le monde comprit que ce projet visait une colonie qui servirait de pare-feu aux intérêts occidentaux. Ce serait, comme Theodor Herzl l’a dit,

« partie d’un front de l’Europe contre l’Asie, un avant-poste de la civilisation contre la barbarie ».

Le mur est aujourd’hui debout. Il a été érigé en nettoyant ethniquement la majeure partie de la population palestinienne, en créant un grand nombre de réfugiés et en instaurant un régime d’apartheid pour ceux qui ne pouvaient pas être éradiqués.

La nature et le rôle de l’État d’Israël sont tels que nous ne pouvons pas nous contenter de critiquer ses excès et ses pires aspects. Le septième des « exemples contemporains d’antisémitisme » énumérés dans la définition de l’IHRA parle de « priver le peuple juif de son droit à l’autodétermination en affirmant que l’existence d’un État d’Israël est une entreprise raciste». La dépossession des Palestiniens ne peut pas être considérée comme l’exercice d’un droit à l’autodétermination, et Israël, un État colonisateur, est une entreprise fondamentalement raciste. Le sionisme n’est pas une religion ou une ethnie, mais une idéologie politique et ses propositions sont contestées ou rejetées par de nombreux juifs, alors qu’elles sont soutenues par les dirigeants des puissances occidentales qui, pour la plupart, ne sont pas juifs.

Adapté de: https://www.counterfire.org/news/20414-canada-joins-campaign-to-stifle-criticism-of-israel

Distribué par PAJU (Palestiniens et juifs unis)

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