Les jeunes de Gaza face à un abîme

Depuis un an, les jeunes avec des béquilles sont devenus un phénomène courant dans les rues de Gaza. Et Mahmoud Abu Zer est l’un d’entre eux. Il est assis sur son lit dans une chambre peu meublée du quartier très peuplé d’Al Nafaq et il peine à bouger. Des plaques de métal et des bandages sont attachés autour de ses mollets.

Il a été atteint aux jambes par un tireur israélien alors qu’il lançait des pierres aux soldats israéliens de l’autre côté de la barrière lors des manifestations hebdomadaires du vendredi, a-t-il relaté. Le jeune homme de 19 ans s’est rendu presque tous les vendredis dans l’un des lieux de manifestation le long de la frontière.

La « Grande Marche du Retour » est une série de manifestations qui ont débuté il y a un an, appelant à la levée du blocus aérien, maritime et terrestre de Gaza et réclamant le droit de retour à ce qui est aujourd’hui Israël. La plupart des jeunes manifestants ne sont jamais sortis de Gaza en raison de restrictions sévères sur les déplacements, qui, selon Israël, existent pour des raisons de sécurité.

Le blocus a été imposé par Israël et, dans une certaine mesure, par l’Égypte, afin de faire pression sur le Hamas, qui avait pris le contrôle de Gaza en 2007 aux dépens de l’Autorité palestinienne. Plus d’une décennie plus tard, et après trois guerres entre le Hamas et Israël, les gens peinent à trouver un emploi, ne profitent que de quelques heures d’électricité par jour et sont amèrement déçus de la réconciliation défaillante entre le Hamas et le Fatah. En l’absence d’une solution politique prochaine, le risque d’une nouvelle guerre entre le Hamas et Israël est toujours présent dans leurs esprits.

Selon l’ONU, depuis mars dernier (2018), plus de 180 Palestiniens ont été tués et plus de 6 000 personnes ont été atteintes par balles, parmi lesquelles l’on retrouve des enfants, des ambulanciers paramédicaux et des journalistes. Des milliers d’autres ont été blessés. Du côté israélien, un soldat a été tué par un tireur et plusieurs autres ont été blessés. Des cerfs-volants auxquels des explosifs ont été fixés ont incendié des champs et des terres agricoles dans des communautés israéliennes situées le long de la bande de Gaza.

Pas de perspectives, pas d’avenir

Mahmoud Abu Zer dit qu’il est allé aux manifestations parce qu’il n’ a pas grand chose à perdre. « Il n’y a pas d’avenir pour les jeunes ici; je donnerais mes deux jambes pour améliorer les choses pour ma famille », a-t-il lancé avec défi. Avant de se faire tirer, il travaillait comme mécanicien automobile, mais au cours des cinq derniers mois, il n’a pu trouver aucun travail. Il est l’un des nombreux jeunes à la recherche d’un emploi stable. « Ils appelaient quand ils avaient besoin de moi. Mais maintenant – c’est tout. Dorénavant tout sera différent de toute façon. Si je veux aller à la porte de la maison, j’ai besoin de l’aide de deux ou trois personnes pour me relever ».

Selon la Banque mondiale, le taux de chômage des jeunes à Gaza a atteint 70%. La dureté de la vie suscite de plus en plus de colère parmi la population et le sentiment d’un manque total de contrôle sur son propre avenir. Cela a également mis le Hamas sous pression croissante, certains analystes suggérant qu’en dirigeant les manifestations vers Israël, le Hamas essayait de se soustraire à ses propres échecs en matière de réponses aux citoyens de Gaza. D’autres font écho de sentiments similaires de perte d’espoir mais affirment que les manifestations sont devenues simplement trop dangereuses.

« Je n’ai pas voulu y participer et je ne le ferai pas », a déclaré Bilal Abu Nadi. « Ce n’est pas parce que je ne me sens pas loyal, mais j’ai des responsabilités sur mes épaules ». Le jeune Palestinien a perdu son travail au sein d’une organisation non gouvernementale il y a un an et se dit chanceux d’avoir retrouvé un travail rémunéré dans l’atelier de menuiserie de son oncle.  « Vous savez, Gaza est belle, mais la vie ici est devenue presque impossible. Surtout pour les jeunes. Je pense que si la situation politique et économique ne change pas, la plupart partiraient demain s’ils le pouvaient ».

Ce n’est pas facile de quitter Gaza. Hala Shoman n’a pu voyager nulle part au cours des dernières années, comme la plupart des jeunes de sa génération. La jeune dentiste en herbe travaille dans deux cliniques pour gagner ce qu’elle estime être 250 $ par mois, et fait aussi du bénévolat en tant que paramédicale lorsque cela est nécessaire lors des manifestations. En raison de l’ouverture et de la fermeture irrégulières du passage frontalier avec l’Égypte, elle a perdu une bourse de doctorat en Turquie car le passage était fermé à cette époque. « Perdre cette opportunité m’a rendu dépressive. Je n’ai ni parlé ni mangé pendant les sept premiers jours ».

Marie-Elisabeth Ingres est à la tête de Médecins sans frontières, qui dirige le dispensaire de Gaza où Mahmoud Abu Zer assure désormais des consultations externes régulières. L’organisation et d’autres établissements de santé s’emploient actuellement à moderniser leurs installations afin de traiter les infections des os, qui sont devenues courantes lors de blessures telles que celles de Mahmoud, en raison de la dégradation des soins médicaux à Gaza.

« Si nous traitons aujourd’hui ces personnes, nous pourrons sauver leurs membres. Si nous n’y parvenons pas, nous verrons que beaucoup de ces jeunes auront des amputations car il sera trop tard ».

Adapté de : https://www.dw.com/en/gazas-youth-stare-into-the-abyss/a-47709562

Distribué par PAJU (Palestiniens et juifs unis)

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