Les Clinton ont gagné plus de 3,5 millions de dollars en conférences à des organisations pro-israéliennes

Sarah Lazare et Max Blumenthal

Bill Clinton a déclaré qu’il « prendrait un fusil » et se battrait pour Israël lors d’un discours rémunéré.

Bill et Hillary Clinton sont de plus en plus surveillés par la presse traditionnelle pour des discours rémunérés qu’ils ont donnés aux grandes banques en échange de millions de dollars. Selon CNN, le couple a gagné un total de 153 millions de dollars en frais de conférence données à des entreprises et des organisations affiliées au secteur financier.

Mais les médias se sont montrés silencieux sur les sommes importantes que les Clinton ont tirées des discours adressés à des organisations pro-israéliennes, notamment le Fonds national juif (FNJ), qui participe directement au nettoyage ethnique des Palestiniens et des citoyens bédouins d’Israël.

Une évaluation des révélations publiques d’Hillary Clinton de 2001 à 2015 montre qu’elle et Bill, ainsi que leur fille, Chelsea, ont gagné environ 4 millions de dollars pour des présentations auprès part d’organisations pro-israéliennes, notamment le FNI et d’autres organisations alliées du gouvernement de droite israélien du premier ministre Benjamin Netanyahu. La grande majorité de ces paiements, documentés – 3 599 999 dollars – a été attribuée aux revenus personnels des Clinton et jusqu’à 450 000 dollars ont été acheminés à la Fondation Clinton. 

Des récompenses pour blâmer les Palestiniens

La présidence de Bill Clinton a pris fin avec l’effondrement du processus de paix dirigé par les États-Unis à Camp David en 2000. Après avoir quitté ses fonctions, M. Clinton a publiquement accusé le président de l’Autorité palestinienne, Yasser Arafat, de l’échec des négociations, violant explicitement une promesse faite à Arafat au début du processus de Camp David. L’ancien président a ainsi renforcé le tristement célèbre argument du premier ministre israélien de l’époque, Ehud Barak, selon lequel il n’y avait « pas de partenaire palestinien » pour la paix.

Bill Clinton a déclaré à l’été 2002, au chapitre torontois du groupe pro-israélien Hadassah-WIZO, « Si l’Irak traversait le Jourdain, je prendrais un fusil, entrerais dans la tranchée et me battrais jusqu’à la mort », aux applaudissements nourris des participants au dîner à 1 000 $ le couvert. Selon un reporter du New York Post présent, Clinton a de nouveau reproché aux Palestiniens son échec à Camp David, « accusant Arafat d’avoir fait une erreur désastreuse en refusant les propositions de paix antérieures qui auraient donné au dirigeant palestinien le contrôle de 97% de Cisjordanie ». Clinton a gagné 125 000 dollars pour son discours.

Paiements des opposants d’Obama

Bill Clinton a reçu 425 000 dollars US pour deux discours prononcés devant les Amis du Centre Simon Wiesenthal, un groupe de droite qui soutient généralement le gouvernement de Benjamin Netanyahu, dirigé par le Likoud, et qui est hostile aux démocrates. Le président du Centre Simon Wiesenthal, Marvin Hier, qui a pris la parole devant la Convention nationale républicaine en 2000, a comparé le président Barack Obama à Neville Chamberlain et a décrit l’accord sur le nucléaire iranien comme « un autre Munich ».  En 2011, trois ans avant le second discours payé de Bill Clinton devant cette organisation, Hier a alors accusé la secrétaire d’État Hillary Clinton de   s’être « vendue » à l’antisémitisme pour avoir ouvert des discussions diplomatiques avec les Frères musulmans élus démocratiquement en Égypte.

Le site Internet de la Fondation Clinton, bien que cela ne soit pas mentionné dans des révélations publiques, indique que le comité AIPAC (American Israel Public Affairs Committee), principal organe du lobby américain pro-israélien, a versé entre 10 001 et 25 000 dollars à l’organisation pour au moins un discours prononcé par Bill Clinton, sans préciser la date ou ni le montant versé. S. Daniel Abraham, le magnat du régime Slim Fast qui siège au conseil d’administration de l’AIPAC, a donné jusqu’à 5 millions de dollars à la Fondation Clinton. Par le biais de maints groupes de soutien, de campagnes publicitaires et de tournées de propagande israéliennes aux nouveaux membres du Congrès, l’AIPAC a dépensé plus de 40 millions de dollars pour tenter de faire échouer l’accord sur le nucléaire iranien de l’administration Obama.

Chelsea Clinton a récolté jusqu’à 325 000 dollars en frais de conférence du United Jewish Appeal et de son affilié, les Jewish Federations, un groupe de coordination pro-israélien d’organisations juives américaines qui combattent activement le mouvement BDS (boycott, désinvestissement et sanctions), dirigé par les Palestiniens. Elle verse 100% de ses frais de discours à la Fondation Clinton, siège à ce conseil d’administration et aide à déterminer de quelle manière la fondation dépense son budget annuel de 180 millions de dollars.

En outre, Bill Clinton a reçu 250 000 dollars pour un discours prononcé devant Univision Management Company, la société de médias détenue par le milliardaire pro-israélien Haim Saban. Comme l’a récemment annoncé le projet Grayzone d’AlterNet, Saban et son épouse Cheryl, ont versé 5 millions de dollars au super PAC pro-Hillary Clinton, Priorities USA Action, en février.  Saban a également versé entre 5 et 10 millions de dollars à la Fondation Clinton. « Je suis un gars qui n’a qu’une seule priorité, et ma priorité c’est Israël », a déclaré Saban en 2004.
Montants exorbitants de ceux qui supportent le nettoyage ethnique

Les archives publiques montrent que Bill Clinton a gagné un total de 549 999 dollars lors de quatre discours prononcés devant le FNJ. Les informations fournies ne mentionnent pas les honoraires les plus généreux du FNJ. Le FNJ a provoqué un tollé général dans les cercles pro-israéliens en transférant un demi-million de dollars à la Fondation Clinton, par l’intermédiaire du Centre universitaire Peres, pour payer un discours de Bill Clinton. Bill Clinton a dit plus tard qu’il avait fait don de ses frais élevés au centre universitaire Peres, mais des questions subsistent quant à la destination de tous ces fonds, y compris les fonds du FNJ.

Formé en 1901, le FNJ a passé plus d’un siècle à chasser les Palestiniens de leurs terres, notamment en créant une force paramilitaire baptisée de manière euphémique la Patrouille verte. L’ancien directeur du FNJ, Yosef Weitz, a présenté des plans détaillés du nettoyage ethnique de masse des Palestiniens en 1948, exigeant que leurs villages soient détruits et « qu’ils soient constamment harcelés » pour les empêcher d’y revenir.

Ces dernières années, le FNJ s’est associé à l’armée israélienne, à la police et à des donateurs chrétiens sionistes pour expulser violemment les habitants de villages bédouins non reconnus dans le désert israélien du Néguev. Parmi eux se trouve Al Arakib, qui, en octobre 2015, a été rasé 90 fois.

Hillary honorera-t-elle ses engagements?

Hillary Clinton a fait de son soutien indéfectible envers Israël un élément central de son programme de politique étrangère. En novembre 2015, elle avait promis de « réaffirmer » son « lien indissoluble avec Israël et Benjamin Netanyahu », suggérant qu’elle adopterait une attitude plus amicale qu’Obama envers le dirigeant de droite d’Israël.

Dans une lettre de juillet 2015 au méga donatreur, Haim Saban, que sa campagne a distribuée à la presse, Clinton a déclaré: « Nous devons faire de la lutte contre le BDS une priorité ».  Ce fut la première fois dans l’histoire américaine qu’un candidat à la présidentielle faisait mention du mouvement populaire pour boycotter Israël.

Au moment où le sénateur Bernie Sanders pose un défi de taille à sa candidature principale, Hillary Clinton a fait un virage à gauche. Au cours de son discours de concession dans le New Hampshire, Clinton a insisté auprès des sympathisants locaux: « Je crois tellement que nous devons suivre avec toutes les fibres de nos êtres l’argumentation en faveur de la campagne pour faveur les droits de la personne ».

Reste à savoir si une présidence Clinton modifierait les relations privilégiées entre les États-Unis et Israël. Mais aussi longtemps qu’elle honorera les voeux des principaux contributeurs de sa famille, comme elle s’y est engagée, ses arguments en faveur des droits de la personne doivent exclure les Palestiniens.

(Voir la vidéo de Max Blumenthal montrant la destruction d’Al Arakib par des bulldozers israéliens en 2010 – sa troisième démolition – afin de laisser place à une « forêt» financée par le FNJ et à une ville réservée aux Juifs. Le FNJ est largement décrié au sein de la société civile palestinienne et controversée même en Israël, où il possède environ 13% des terres de l’État et s’engage à les louer à des locataires exclusivement juifs).

Sarah Lazare est rédactrice pour AlterNet. Ancienne rédactrice pour Common Dreams, Sarah a co-édité le livre, About Face: Military Resisters Turn Against War. Suivez-la sur Twitter à @sarahlazare.

Max Blumenthal est rédacteur en chef du projet Grayzone chez AlterNet et auteur primé de Goliath and Republican Gomorrah. Son livre le plus récent est The 51 Day War: Ruin and Resistance in Gaza. Suivez-le sur Twitter à @ MaxBlumenthal.

La source originale de cet article est AlterNet

Adapté de: https://www.mondialisation.ca/the-clintons-earned-over-3-5-million-in-paid-addresses-to-pro-israel-organizations/5507562

Distribué par PAJU (Palestiniens et Juifs unis)

www.pajumontreal.org

 

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