Qui a intérêt à laisser croire que les antiracistes sont antisémites ?

Dimanche 19 septembre 2021

La persistance de l’antisémitisme en France, renforcée ces dernières années par un climat social et politique délétère où le racisme est employé par l’état comme un outil de division, se traduit par la banalisation des discours racistes islamophobes d’abord, mais aussi antisémites tenus notamment par des membres du gouvernement, réhabilitation de Charles Maurras, voire de Philippe Pétain, affirmation que les rayons hallal et cacher des supermarchés sont contraire à l’esprit républicain par un ministre ancien membre de l’Action Française qui, dans un livre dont le titre est « le séparatisme islamiste », décrit les juifs de la manière suivante et sans aucune réserve, « Napoléon Bonaparte s’intéressa à régler les difficultés touchant à la présence de dizaine de milliers de juifs en France. Certains d’entre eux pratiquaient l’usure et faisaient naître troubles et réclamations ».

Des années de discours islamophobes ont fini par libérer la parole raciste, dans toutes ses dimensions, et logiquement permettent de retourner la parole célèbre de Frantz Fanon, « quand vous entendez dire du mal des juifs, dressez l’oreille, on parle de vous ».

Ces paroles antisémites ont été abondamment entendues et lues sur les pancartes lors des manifestations contre le passeport sanitaire très largement infiltrées par l’extrême droite. Dans la période troublée et dangereuse que nous vivons, complotisme et donc antisémitisme se déploient librement. C’est une des raisons pour laquelle de nombreuses associations, syndicats et partis politiques, et la véritable gauche ont appelé le 12 juin 2021 à Paris à la « marche des libertés pour combattre les idées d’extrême droite ».

Récemment, un discours s’est fait jour de personnes ou de groupes se réclamant de l’extrême gauche, qui ne dit pas clairement les choses, mais qui laisse planer une suspicion, la gauche, le syndicalisme, le mouvement social et l’extrême gauche seraient inconséquents et ne lutteraient pas réellement contre l’antisémitisme. On ne dit pas que les organisations du mouvement social sont antisémites, ou rarement en face, mais qu’elles ne luttent pas sérieusement contre l’antisémitisme. Cette accusation ne porte jamais sur la manière dont la gauche lutterait de façon conséquente ou non contre le racisme sous toutes ses formes, négrophobie, islamophobie, racisme contre les tziganes ou bien contre les asiatiques. Cette accusation ne visant que l’antisémitisme veut réintroduire au sein de la gauche cette vieille hiérarchisation des formes que prend le racisme.

Cette hiérarchisation s’est d’abord faite sous l’influence de ceux qui instrumentalisent l’antisémitisme comme arme massive de défense de l’apartheid israélien. La volontaire confusion entre la solidarité avec la Palestine et l’antisémitisme introduite par les organisations françaises pro israéliennes, est portée au plus haut niveau de l’État par les déclarations du président de la république, lors de la cérémonie de commémoration de la rafle du Vélodrome d’Hiver au mois de juillet 2017, « nous ne céderons rien à l’antisionisme car il est la forme réinventée de l’antisémitisme ».

Mais cet agenda, repris au sein même de la gauche, a déjà fait des ravages au sein du parti travailliste britannique, avec les accusations d’antisémitisme lancées contre Jeremy Corbyn et le courant juif antisioniste du parti et pour finir par l’exclusion de Ken Loach. Il a visé Bernie Sanders aux États-Unis et il attaque Jean-Luc Mélenchon en France, sur la base d’interprétations malveillantes de ses propos. Tous ayant le tort de soutenir la Palestine.

Cela mérite quelques mises au point. Les implicites de ces accusations, pour sournois qu’ils soient, sont cependant transparents. Ces mêmes groupes qui ont revendiqué discrètement la définition de l’antisémitisme de l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA), proches de la gauche sioniste et d’organisations juives communautaires, cherchent à diviser la question du racisme au sein même de la gauche, à réinstaurer une hiérarchie entre les différentes formes de racisme et leurs victimes et à bloquer l’expression politique anticolonialiste de nos organisations sur la situation tragique que subit la Palestine.

Nous tenons à réaffirmer ici à la fois notre engagement contre le racisme sous toutes ses formes, dont bien entendu contre l’antisémitisme, et notre solidarité avec la Palestine. Ce sont là deux piliers indissociables des luttes antiracistes et anticolonialistes qui animent nos organisations.

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