23 raisons pour lesquelles j’ai honte d’Israël

Par Yehuda Atlas

J’ai honte de vivre dans un pays où le premier ministre est mis sous enquête, et fait face à un éventuel procès, pour de graves accusations.

J’ai honte de vivre dans un pays où la campagne électorale s’abaisse à un tel niveau, incluant des allégations de secrets que les Iraniens connaissent grâce au téléphone portable de Gantz, ou des allégations selon lesquelles Gantz n’est pas apte à exercer ses fonctions. Quelle absurdité. Bibi, c’était votre chef de cabinet!

J’ai honte de vivre dans un pays où un acteur a été maquillé pour ressembler au journaliste Amnon Abramovich, se moquant d’un héros de guerre décoré qui a été gravement brûlé pendant la guerre de 1973. Quelqu’un a pensé que cela impressionnerait et influencerait l’élection et toucherait les gens. Résultats des élections.

J’ai honte de vivre dans un pays où 1,8 million de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, dont près de la moitié sont des enfants. On peut discuter du niveau de cette limite, mais il est clair qu’un nombre incroyable de personnes vivent ici dans une pauvreté dégradante.

J’ai honte de vivre dans un pays qui compte 200 000 femmes battues, 13 000 actes de violence contre les femmes par an et tant de cas de femmes assassinées.

J’ai honte de vivre dans un pays où 400 000 enfants sont en danger; enfants vivant dans la négligence et exposés à la violence, à la pauvreté et à l’inceste.

J’ai honte de vivre dans un pays où les auberges et les refuges pour jeunes en détresse sont fermés, jetant leurs locataires à la rue.

J’ai honte de vivre dans un pays qui souhaite expulser 34 000 demandeurs d’asile qui ont fui des dangers horribles, passant par une captivité infernale dans le désert du Sinaï, des gens qui travaillent à des emplois que nous, les gâtés, ne sommes pas prêts à accepter. J’ai honte quand quelqu’un les surnomme « cancer ».

J’ai honte que les 9 000 membres de la communauté de Falashmura en Éthiopie, qui sont empêchés de rejoindre leurs proches en Israël, se soient fait dire  « bientôt vous allez immigrer», alors que certains ont attendu 20 ans.

J’ai honte de regarder les débats à la Knesset ou à la télévision, dans lesquels tout le monde crie après tout le monde, se coupe les uns les autres, sans que personne n’écoute ce que les autres ont à dire.

J’ai honte quand j’ai lu l’histoire d’un journal qui a renvoyé un caricaturiste qui a dessiné le meilleur dessin animé politique jamais publié ici.

J’ai honte quand j’entre dans une salle de classe et que je demande « qui déteste lire des livres? », découvrant que la moitié de la classe lève la main.

J’ai honte de chaque olivier palestinien déraciné par des colons et des jeunes des collines, de chaque source ou puits volé qui a été empoisonné par des carcasses de moutons.

J’ai honte pour chaque colon, membre de ma nation, qui s’établit sur des terres privées appartenant à des Arabes, dans une zone de 60 000 kilomètres carrés. Si cela était fait à des juifs partout dans le monde, vous criez: antisémitisme! Discrimination! Vol!

J’ai honte de chaque publication en ligne, article et expression de haine adressée à Gideon Levy, Breaking the Silence, B’Tselem, Peace Now et des organisations similaires. Dans ce pays, cela me semble être la voix de la conscience pour toute personne éclairée qui se questionne et réfléchit sur ses actes afin de discerner s’il a fait la bonne chose aux yeux de Dieu et de l’homme. Si Jérémie était ici pour prêcher et fustiger, vous le jetteriez aussi dans la fosse.

J’ai honte que quiconque qualifie les gauchistes de « traîtres ». Quoi, tu es plus patriotique que nous?

J’ai honte de tous les gouvernements israéliens qui ont constamment encouragé les colonies dans les territoires, les dispersant d’une manière qui ne laisse aucune chance à une résolution territoriale avec les Palestiniens – des gouvernements qui en fait ne voulaient pas la paix, préférant un État de guerre constante.

J’ai honte de vivre dans un pays qui laisse entrer les racistes de l’école kahaniste à la Knesset, et j’aurai honte de vivre dans un pays où Smotrich est ministre de l’Éducation et Feiglin est ministre de la Santé.

J’ai honte de vivre dans un pays dont les dirigeants ont siégé en prison, un premier ministre pour corruption, un ministre des finances pour détournement de fonds et vol, l’actuel ministre de l’intérieur pour  corruption, un grand rabbin pour corruption, abus de confiance et faux, et un président pour viol, actes indécents et harcèlement sexuel. « Si les puissants ont succombé, comment les faibles en sortiront-ils indemnes? »

J’ai honte de vivre dans un pays où les gens gagnent 50 000, 80 000 ou 200 000 shekels par mois alors qu’il y en a d’autres ici qui ne gagnent que 5 000 shekels par mois ou moins.

J’ai honte de vivre dans un pays où bon nombre des 180 000 survivants de l’Holocauste qui vivent ici sont dans un état de pauvreté extrême, incapables d’acheter un appareil de chauffage ou suffisamment de nourriture ou de médicaments, ou de payer pour entretenir un appartement.

J’ai honte de vivre dans un pays où, au lieu d’adopter une politique, le gouvernement n’agit pas, où au lieu de la morale il y a des complots et des intrigues, où au lieu de la fraternité et de la solidarité, il y a la haine de l’autre et de ceux qui sont différent.

Pourtant, malgré tout cela, j’aime vivre dans ce pays, où vivent mes meilleurs amis, où ma langue est parlée. J’adore ses anémones et ses narcisses, ainsi que ses pluies et canicules, ses enfants et ses aînés, même ceux qui souhaitent me mettre moi et mes amis dans des camions et nous envoyer à Gaza, qui bondiront sur cette colonne et me souhaiteront fléaux, exil ou disparition immédiate.

Adapté de: https://www.haaretz.com/opinion/.premium-23-reasons-i-m-ashamed-of-israel-1.7063759

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