Quelle surprise – Même un fier scion libéral sioniste peut être raciste

Par Gideon Levy

Contrairement à la plupart des Israéliens ou peut-être à tous les Israéliens, à ma grande honte, je n’avais jamais entendu parler du législateur Michal Cotler-Wunsh. J’ai appris qu’elle est une experte en droit international et qu’elle était chargée de recherche à l’Institute for Counter-Terrorism, membre du conseil d’administration de l’organisation de réconciliation nationale Tzav Pius. Active dans l’ONG Manhigut Acheret, elle s’est présentée à la Knesset sur le ticket Kahol Lavan, a changé de Telem au Parti de la résilience d’Israël – qui est apparemment la branche sud de Kahol Lavan ou le bras politique de Derech Eretz, c’est difficile à dire.

Son beau-père est le professeur Irwin Cotler, ancien ministre de la Justice du Canada et juriste libéral réputé, qui est considéré comme un grand défenseur des droits de la personne malgré son ferme soutien au sionisme. Le professeur Cotler est un militant contre le racisme et contre les crimes de guerre mais n’a jamais vu de lien entre cela et son soutien à Israël. Ni le père ni sa belle-fille ne voient apparemment de contradiction entre les droits de la personne et l’occupation, ou entre le racisme et le sionisme, entre l’apartheid et Israël.

Il existe un sous-ensemble de juifs libéraux, principalement aux États-Unis et au Canada, des intellectuels qui se considèrent comme éclairés et progressistes, qui combattent les injustices partout dans le monde, jusqu’à ce qu’on en arrive à Israël, ce qui à leurs yeux est avant tout un soupçon. C’est là qu’ils ferment les yeux et que leur conscience se tait. Ils ne voient rien.

La semaine dernière, le nouveau membre prometteur de la Knesset a eu l’occasion de se faire connaître. Saeb Erekat, palestinien, est tombée gravement malade de la COVID-19. Cotler-Wunsh a saisi le moment. Le membre de l’équipe juridique qui aide la famille Goldin dans ses efforts pour que leur fils soit soigné, s’est empressé de publier un tweet sur le transfert éventuel d’Erekat à l’hôpital de Hadassah pour un traitement vital: « Le principe fondamental de la réciprocité exige: un geste humanitaire. » Pour [geste] humanitaire! L’aide médicale doit être réciproque avec le retour de 4 Israéliens détenus à Gaza pendant plus de 6 ans, en violation du droit international.

Où commencer? Avec la stupidité? L’ignorance? Le mal? Le manque d’humanité? Son collègue parlementaire de la Liste commune Ahmad Tibi a répondu avec justesse sur Twitter: « Je m’oppose fermement à ce que les membres de la Knesset passent un test de QI, mais ce point de vue comporte de graves implications et des effets collatéraux. »

Un parlementaire représentant le centre israélien, la quintessence du centre israélien, qui vit dans la ville israélienne centrale de Raanana et est membre de Tzav Piyus, chercheur dans un programme de doctorat de l’Université hébraïque intitulé Human Rights Under Pressure ( !), propose de conditionner, de sauver la vie d’une personne par un modeste chantage. Cotler-Wunsh a essentiellement fait un souhait de mort pour Erekat. Si ses conseils avaient été écoutés, cela aurait été une condamnation à mort immédiate pour lui.

L’expert des droits de la personne et du terrorisme connaît certainement une chose ou deux sur le caractère sacré de la vie humaine, mais Erekat n’est pas humaine à ses yeux. Peut-être qu’aucun Palestinien n’est humain à ses yeux, car les Palestiniens n’ont sûrement pas eu beaucoup de dirigeants plus modérés qu’Erekat. Mais ce n’est pas la question. On espère qu’elle sait que demander au Hamas de libérer les restes des soldats et des civils israéliens en échange d’un traitement médical pour Erekat, détesté par le Hamas, est assez ridicule. Même Cotler-Wunsh a plus d’influence à Gaza qu’Erekat.

Cotler-Wunsh n’est pas encore une figure importante, mais sa voix est importante car elle reflète le point de vue de beaucoup. Elle n’est pas la droite raciste, elle représente un parti prétendument modéré et centriste convaincu qu’il soutient les valeurs universelles, croit peut-être même en la solution à deux États, et certainement en l’existence d’un État juif et démocratique. Mais que savez-vous – même de ce terreau libéral qui peut produire du sionisme raciste et de la cruauté envers un mourant simplement parce qu’il est palestinien, ou peut-être simplement parce qu’il n’est pas juif. Il s’avère que l’on peut être un expert en droits de la personne, un intellectuel éclairé élevé dans un environnement de libéralisme juif, mais au moment de la vérité, leur visage est révélé, et il se révèle nationaliste, raciste, cruel et incroyablement laid.

Adapté de : https://www.haaretz.com/opinion/.premium-what-a-surprise-even-a-proud-liberal-zionist-scion-can-be-a-racist-1.9252904

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