« QUE CESSE L’OCCUPATION ! » No. 938

Les « amis » de Freeland ne sont guère les amis des juifs canadiens

De 1917 à 1921, suite de la déclaration d’indépendance de l’Ukraine qui survient peu après la révolution russe, des pogroms contre les juifs ont continué à avoir lieu en Ukraine. On estime que de 35 000 à 50 000 juifs ont été tués au cours de cette période.

« Le total des pertes civiles au cours de la Seconde Guerre mondiale et de l’occupation allemande en Ukraine est estimé à sept millions, dont plus d’un million de juifs abattus par les Einsatzgruppen (SS) et leurs nombreux sympathisants ukrainiens locaux dans l’ouest de l’Ukraine. L’Ukraine comptait 840 000 juifs en 1959, soit une diminution d’environ 70% par rapport à 1941… La majorité des juifs restés en Ukraine l’ont quitté en 1989 et se sont installés dans d’autres pays (principalement en Israël) dans les années 1990…» (https://en.wikipedia.org/wiki/History_of_the_Jews_in_Ukraine).

Du côté de ma famille, mes grands-parents paternels étaient des juifs ukrainiens. Mon grand-père paternel était originaire d’Odessa et ma grand-mère paternelle était originaire de Kiev. Je suis bien informé sur le nationalisme ukrainien de droite; mes grands-parents s’en sont échappés en émigrant au Canada au début du 20e siècle. Le soutien inconditionnel et aveugle au nationalisme ukrainien tel que le préconise le ministre des Affaires étrangères du Canada est donc un sujet de discorde. Il émet beaucoup de critiques à l’égard de la Russie de Poutine mais pas un seul mot par rapport à ces éléments néo-nazis au sein de l’élite politique ukrainienne et leurs forces militaires de la part de la ministre Freeland.

Bruce Katz

PAJU

Le 17 décembre, la synagogue Beth Tzedec de Toronto, ainsi que le temple Holy Blossom (où j’ai assisté à une école religieuse) ont animé une conférence de la ministre des Affaires étrangères du Canada, Chrystia Freeland.

Elle était fêtée à titre d’amie d’Israël et de la communauté juive. Mais nous devons nous préoccuper de ses autres amis. Freeland soutient sans réserve l’Ukraine et son gouvernement. Cependant, il y a moins de neuf mois, 40 militants israéliens des droits de la personne  ont adressé une pétition à la Haute Cour de justice israélienne pour demander que l’on mette fin aux ventes d’armes israéliennes à l’Ukraine, comme le rapporte le quotidien israélien Haaretz en juillet (https://www.haaretz.com/israel-news/rights-groups-demand-israel-stop-arming-neo-nazis-in-the-ukraine-1.6248727).

La communauté israélienne des droits de la personne a affirmé que ces armes étaient destinées à des forces qui adhèrent ouvertement à une idéologie néonazie. Une partie des forces armées ukrainiennes, la milice de droite Azov, formée en 2014, utilise ces armes. Les groupes de défense des droits de l’homme soutiennent que les membres de ces milices sont soupçonnés de crimes de guerre, de torture et de violences sexuelles.

La milice Azov compte plus de 3000 membres qui utilisent le salut nazi et portent des croix gammées et des insignes SS, selon Haaretz. Certains admettent ouvertement qu’ils ont des sympathies néonazies et nient l’Holocauste. Cette milice est issue du groupe patriote ukrainien ouvertement néo-nazi, aujourd’hui disparu. Son fondateur, Andriy Biletsky, ancien dirigeant de ce groupe est depuis membre du parlement ukrainien.

Comme le rapporte Haaretz, Biletsky a déclaré: « La mission historique de notre pays en ce moment critique est de diriger la dernière marche de la race blanche vers sa survie. Il s’agit d’une marche contre les sous-humains dirigés par la race sémite ».

Un autre membre du parlement ukrainien a répondu au « problème juif» de l’Ukraine en déclarant publiquement que  « dans le gouvernement, il y a du sang non ukrainien, il faut en tenir compte ».

Le 2 mai 2018, des groupes de droite, dont Azov, ont défilé à travers Odessa. Leurs dirigeants ont déclaré qu’Odessa appartenait aux Ukrainiens, non à des juifs, et ont promis de débarrasser la ville de juifs. Cela s’est produit alors que l’administration ukrainienne tentait de nier le rôle de l’Ukraine dans l’Holocauste. Le rôle de la Pologne dans l’Holocauste a été minimisé ou nié avec le soutien du gouvernement israélien. En Ukraine, la multiplication d’incidents antisémites tels que des attaques contre des juifs et des sites commémoratifs juifs, ainsi que des attaques contre des journalistes, des Roms et des membres de la communauté LGBTQ, peuvent être attribuées à la montée d’Azov.

En tant que juive, ma question est la suivante: La ministre Freeland va-t-elle réprimander sévèrement l’Ukraine ou la Pologne, tel qu’elle l’a fait pour le président russe Vladimir Poutine (https://www.theglobeandmail.com/news/politics/freeland-condemns-russian-aggression-in-crimea-prompting-moscow-backlash/article34322114/)  après la  « grave  répression des droits de la personne »  par les forces russes qui ont occupé et annexé la Crimée?

Certains experts politiques canadiens appellent Chrystia Freeland l’« honorable ministre de l’Ukraine», ce qui convient parfaitement.

Judy Haiven est membre fondateur de Voix juives indépendantes Canada. Elle est professeure de gestion à la retraite à l’Université Saint Mary’s, à Halifax, Nouvelle Écosse.

Adapté de : http://rabble.ca/blogs/bloggers/independent-jewish-voices-canada/2018/12/friends-freelands-hardly-friends-canadian

Voir aussi : «Chrystia Freeland’s granddad was indeed a Nazi collaborator– so much for Russian disinformation» https://ottawacitizen.com/news/national/defence-watch/chrystia-freelands-granddad-was-indeed-a-nazi-collaborator-so-much-for-russian-disinformation

Et: «Chrystia Freeland and the Russian disinformation bogeyman» https://www.thestar.com/opinion/commentary/2017/03/15/chrystia-freeland-and-the-russian-disinformation-bogeyman-walkom.html

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