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« QUE CESSE L’OCCUPATION ! » PAJU No 894, 30 mars 2018: Sous l’occupation, gifler un soldat est pire que tuer un Palestinien

Date de publication : 2018-03-28

par Jonathan Ofir

Lundi en Israël, il y a eu deux événements parallèles :

1) La cour d’appel militaire d’Israël a refusé à Ahed Tamimi, 17 ans, sa requête d’un procès public pour les accusations découlant du fait qu’elle avait giflé, le 15 décembre dernier, un soldat israélien qui occupait sa maison, en déclarant qu’un procès à huis clos était « tout à son intérêt ».

2) La commission militaire israélienne des libérations conditionnelles a réduit à 9 mois la peine de prison d’Elor Azarya pour avoir, en 2016, tué un suspect palestinien dans l’incapacité d’agir en lui tirant dans la tête à bout portant, ceci après que le chef d’état-major des armées a réduit la peine originelle de 18 mois à 14 mois.

Sous l’occupation, gifler un soldat est pire que tuer un Palestinien

Lundi en Israël, il y a eu deux événements parallèles :

1) La cour d’appel militaire d’Israël a refusé à Ahed Tamimi, 17 ans, sa requête d’un procès public pour les accusations découlant du fait qu’elle avait giflé, le 15 décembre dernier, un soldat israélien qui occupait sa maison, en déclarant qu’un procès à huis clos était « tout à son intérêt ».

2) La commission militaire israélienne des libérations conditionnelles a réduit à 9 mois la peine de prison d’Elor Azarya pour avoir, en 2016, tué un suspect palestinien dans l’incapacité d’agir en lui tirant dans la tête à bout portant, ceci après que le chef d’état-major des armées a réduit la peine originelle de 18 mois à 14 mois.

Ces deux histoires se regardent en miroir

Dans l’affaire Tamimi, beaucoup d’Israéliens veulent qu’elle paie le prix pour avoir giflé un soldat d’occupation israélienne. Certains ont suggéré qu’on devrait la punir « dans le noir, sans témoins ni caméras » (le journaliste israélien ‘centriste’ Benn Caspit), ou qu’elle devrait « finir ses jours en prison » (le ministre de l’Éducation Naftali Bennett). La décision de tenir son procès à huis clos a d’abord été prise le mois dernier pour sa première audience. Le juge militaire a émis l’avis qu’il était dans le plus grand intérêt d’Ahed, en tant que jeune, d’avoir un procès à huis clos et le juge d’appel a renchéri sur cet avis – en dépit du fait que le procureur militaire n’avait pas émis d’objection à un procès public.

« La cour a décidé ce qui est le mieux pour la cour, et non pas ce qui est bon pour Ahed », a dit l’avocate de la défense Gaby Lasky le mois dernier aux reporters, et elle recommence la même chose.

La cour d’appel militaire a essayé d’expliquer son refus en se présentant comme si elle était un tribunal civil normal.

« L’expérience accumulée pendant les huit années d’existence de ce tribunal militaire pour mineurs nous a appris que, donner au mineur et à sa famille une véritable chance de développer leurs arguments dans un cadre confidentiel des procédures qui ne soit pas ouvert au grand public, c’est une composante fondamentale pour des poursuites honnêtes et justes. Sous cet aspect, le processus judiciaire dans les tribunaux militaires n’est pas du tout différent du processus devant un tribunal civil. Par conséquent, même si le processus devant un tribunal militaire pour mineurs est légèrement différent de celui qui existe devant un tribunal civil, je suis moi aussi d’accord que tenir le procès à huis clos dans le cas de prévenus mineurs doit être la règle et cela exprime généralement au mieux les intérêts du mineur. » (Cité dans Haaretz)

Le concept tout entier selon lequel le système de tribunal militaire est un système de justice ‘normal’ est contredit par l’éminent défenseur israélien des droits Michael Sfard : « La législation militaire israélienne ne s’intéresse pas à la justice », a-t-il dit le mois dernier. «Elle est là pour traiter tout acte de résistance, violent ou non violent, de criminel » et le système de tribunal militaire n’est qu’une autre branche de l’armée d’occupation. « Il ne s’intéresse pas à la justice », précise-t-il. « Son principal objectif est de brider toute tentative de résistance et d’augmenter le contrôle sur la population. »

Tout ceci ne va pas beaucoup déranger la plupart des Israéliens, qui veulent que la question d’Ahed disparaisse tranquillement. Qu’elle « en paye » le prix dans le noir, sans témoins ni caméras – nous n’avons pas besoin d’en savoir plus.

Passons maintenant à la question parallèle qui intéresse énormément tant d’Israéliens : la libération rapide d’Elor Azarya.

Les demandes de grâce immédiate et totale pour Azarya sont venues l’année dernière de tout le spectre politique israélien, y compris de la responsable de la gauche sioniste Shelley Yachimovitch.

En ce qui concerne sa récente libération conditionnelle, « il est vraisemblable que la libération précoce par la commission de libération conditionnelle des FDI (Forces de Défense Israéliennes) soit acceptée positivement par la majeure partie de la classe politique du pays ».

Israël devait simuler un procès aboutissant à une courte peine afin de fournir un semblant de justice dans une affaire où un meurtre de sang-froid avait été filmé au grand jour. Dès le départ, l’accusation a bien-sûr été réduite de meurtre en ‘homicide’, parce que, comme le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu ne cessait de le dire : « Nos soldats ne sont pas des meurtriers. » Jusqu’à suggérer même que cette possibilité soit considérée comme outrancière et dangereuse en Israël ; la législatrice palestinienne-israélienne Haneen Zoabi a été suspendue du parlement la semaine dernière simplement pour l’avoir affirmé.

Ainsi Azarya est une sorte de héros pour quantité de gens en Israël, où on le considère comme une sorte de bouc émissaire qui ‘paie pour nous tous’. Le juger était important pour les libéraux, afin qu’on ne pense pas qu’Israël accorde l’impunité totale à des meurtriers. Bien que les camarades d’armée d’Azarya eux-mêmes aient affirmé que des choses de ce genre arrivaient « quantité de fois » mais sans être filmées, Azarya a été traité, c’était commode, comme une aberration. Mais pour ses supporters qui pensent qu’il a fait ce qu’il fallait, Azarya est lui-même le héros qui paie pour les péchés des ‘politiquement corrects’ qui, pour commencer, le traduisent en justice. Il faudrait noter que, immédiatement après son tir meurtrier, des enquêtes ont montré que 57 % des Juifs israéliens pensaient que le cas d’Azrya ne nécessitait aucune enquête, ni détention et 95 % des Juifs israéliens pensaient qu’il ne s’agissait pas d’un meurtre. Ces sondages montrent essentiellement que la plupart des Israéliens pensent qu’il devrait être possible de tuer des Palestiniens impunément.

Ainsi, Ahed Tamimi peut et doit être emprisonnée jusqu’à la fin des procédures parce qu’elle pourrait, à Dieu ne plaise, gifler à nouveau, et qui sait quelle serait la durée de sa peine de prison pour cette gifle. On estime qu’elle pourrait atteindre 10 ans. Pourtant, son procès doit se tenir à huis clos. Parce que, à la différence du meurtre évident, filmé alors qu’Azirya le commettait (ce que presque tous les Israéliens ne peuvent même pas voir quand ils le regardent), son cas à elle comporte une bien plus grande complexité. La preuve n’est guère compromettante (quelle loi existe-t-il contre le fait de gifler des soldats ?), et le regard d’un vaste public pourrait démontrer la parodie de ce procès, dans lequel les ‘façonneurs’ de l’occupation ont besoin de façonner une affaire pour Ahed afin d’en faire une terroriste.

Azarya va sortir de prison au plus tard le 10 mai – juste 9 mois après le début de sa peine. Des sources proches du président Rivlin laissent entendre qu’il pourrait commuer encore plus la peine d’Azarya. Rivlin avait d’abord refusé de gracier Azarya après la réduction de peine du Chef de Cabinet, mais ces sources laissent entendre qu’il pourrait cependant ajouter sa grâce en toute fin de compte dans cette affaire, et retrancher quelques semaines de plus à la peine afin qu’Azarya soit libéré pour la célébration du Jour de l’Indépendance le 18 avril et avant l’ouverture prévue de l’ambassade américaine à Jérusalem.

De même qu’Israël célèbre son ‘indépendance’, sa libération par-dessus la ruine et l’exil des Palestiniens, ainsi Elor Azarya va célébrer sa ‘libération’ par-dessus la ruine de la vie d’Ahed Tamimi, sans fin de sa captivité en vue.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

A propos de Jonathan Ofir: Musicien, chef d'orchestre et blogueur / écrivain israélien basé au Danemark.

Adapté de : http://www.agencemediapalestine.fr/blog/2018/03/26/sous-loccupation-gifler-un-soldat-est-pire-que-tuer-un-palestinien/?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=sous_l_occupation_gifler_un_soldat_est_pire_que_tuer_un_palestinien&utm_term=2018-03-28

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